Le divorce est l'une des épreuves les plus complexes qu'un propriétaire puisse traverser. Au-delà de l'aspect humain, il soulève des questions patrimoniales déterminantes : qui garde le logement ? Comment fixer la valeur d'un bien pour éviter les conflits ? Qui doit verser une soulte, et combien ? Quels droits sur les travaux financés pendant le mariage ?
Le régime matrimonial : la première clé du partage immobilier
Avant toute chose, il faut identifier votre régime matrimonial. C'est lui qui détermine qui possède quoi et dans quelle proportion. En France, quatre régimes matrimoniaux coexistent :
| Régime matrimonial | Principe | Biens communs | Biens propres |
|---|---|---|---|
| Communauté réduite aux acquêts (régime légal) | Les biens acquis pendant le mariage sont communs. Les biens reçus avant le mariage ou par héritage/donation restent propres. | Résidence principale achetée ensemble, épargne du ménage | Appartement acheté avant le mariage, héritage reçu pendant le mariage |
| Séparation de biens | Chaque époux conserve la pleine propriété de ses biens, acquis avant ou pendant le mariage. | Aucun (sauf indivision volontaire) | Tout ce que chaque époux achète à son nom |
| Communauté universelle | Tous les biens, présents et futurs, sont communs, quelle que soit leur origine. | L'ensemble du patrimoine des deux époux | Aucun (sauf clause de remploi) |
| Participation aux acquêts | Fonctionne comme une séparation de biens pendant le mariage. À la dissolution, chacun a droit à la moitié des acquêts de l'autre. | Créance de participation calculée à la dissolution | Tous les biens acquis pendant le mariage (jusqu'à la dissolution) |
En l'absence de contrat de mariage, les époux sont automatiquement soumis au régime de la communauté réduite aux acquêts. C'est le régime le plus courant en France.

Qui est propriétaire du logement conjugal ?
La réponse dépend à la fois du régime matrimonial et des conditions d'acquisition du bien. Voici les situations les plus fréquentes :
| Situation | Régime de communauté | Séparation de biens |
|---|---|---|
| Acheté avant le mariage par l'un des époux | Bien propre de cet époux | Bien propre de cet époux |
| Acheté pendant le mariage ensemble | Bien commun (50/50 sauf preuve contraire) | Bien indivis selon les apports de chacun |
| Acheté pendant le mariage par l'un des époux seul | Bien commun (présomption de communauté) | Bien propre de l'acheteur |
| Reçu par héritage ou donation | Bien propre du bénéficiaire | Bien propre du bénéficiaire |
En cas de désaccord, c'est l'acte notarié d'acquisition qui fait foi. Si votre nom seul figure à l'acte, le bien vous appartient en propre (en séparation de biens) ou est présumé commun (en régime de communauté).
Les trois options pour le logement lors d'un divorce
Face à un bien immobilier commun ou indivis, les époux ont trois grandes solutions :
Option 1 — La vente du bien
C'est souvent la solution la plus simple à mettre en œuvre. Le bien est vendu sur le marché libre, le capital emprunté est remboursé, et le produit net de la vente est réparti entre les époux selon leur quote-part respective. Cette option nécessite une estimation sérieuse du bien pour ne pas brader le patrimoine commun.
Option 2 — Le rachat de la part de l'autre époux (la soulte)
L'un des époux souhaite conserver le logement ? Il doit alors racheter la part de l'autre. Ce versement s'appelle la soulte. Son calcul repose sur la valeur actuelle du bien, déduction faite du capital restant dû sur le prêt immobilier.
Formule de calcul : Soulte = (Valeur vénale du bien − Capital restant dû) × Quote-part rachetée.
| Paramètre | Exemple — Communauté (50/50) | Exemple — Séparation de biens (30/70) |
|---|---|---|
| Valeur du bien | 150 000 € | 150 000 € |
| Capital restant dû | 50 000 € | 50 000 € |
| Valeur nette du bien | 100 000 € | 100 000 € |
| Quote-part rachetée | 50 % | 70 % |
| Soulte à verser | 50 000 € | 30 000 € |
| Remboursement du prêt à la charge du racheteur | 50 000 € | 50 000 € |
Le divorce doit être prononcé avant le rachat de la soulte. L'époux qui rachète doit également obtenir la désolidarisation du prêt immobilier auprès de la banque, ce qui suppose de justifier d'une capacité de remboursement suffisante.
Pour que le montant de la soulte soit incontestable, il est indispensable de faire réaliser une expertise immobilière par un professionnel certifié et indépendant. Une valeur sous-estimée lèse l'époux qui cède ; une valeur surestimée pénalise celui qui rachète.
Option 3 — Le maintien en indivision
Les époux peuvent décider de conserver le bien en indivision, notamment pour préserver la stabilité du cadre de vie des enfants. Cette situation reste toutefois précaire : chaque indivisaire peut demander le partage à tout moment (art. 815 du Code civil). Une convention d'indivision notariée permet d'encadrer cette période.
Le maintien dans le logement et l'indemnité d'occupation
Pendant la procédure de divorce, l'un des époux peut être amené à rester dans le logement commun. Cette situation soulève la question de l'indemnité d'occupation.
Quand un époux peut-il se maintenir dans le logement ?
Dans un bien commun ou indivis :
- Attribution préférentielle par le juge aux affaires familiales (JAF)
- Jouissance temporaire au titre de la contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants
- Prestation compensatoire sous forme d'usufruit
- Avance sur la part de la communauté ou du bien indivis (déduit lors de la répartition)
Dans un bien propre à l'autre époux :
- Prestation compensatoire sous forme d'usufruit
- Jouissance temporaire au titre de la contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants
- Bail classique conclu avec le propriétaire
L'indemnité d'occupation : quand est-elle due ?
Durant la période antérieure à l'assignation devant le JAF, la jouissance du logement conjugal par un seul époux est en principe gratuite (art. 262-1 al. 4 C. civ.).
Pendant la procédure, le juge peut maintenir cette gratuité. L'indemnité ne sera alors due qu'à compter du jour où le divorce devient définitif.
Si le juge opte pour une occupation à titre onéreux, l'indemnité est inscrite au passif de l'époux débiteur dans les comptes de liquidation, elle n'est pas versée en cours de procédure.
À compter du prononcé définitif du divorce et jusqu'à la fin de l'occupation, une indemnité est en principe due, sauf si la jouissance est attribuée au titre de la prestation compensatoire ou de la contribution à l'entretien des enfants.
À retenir : l'indemnité est due même si l'époux occupant n'occupe pas effectivement les lieux (Civ. 1re, 14 juin 2015, n° 13-28.069).
Comment est calculée l'indemnité d'occupation ?
Le montant est fixé en fonction de la valeur locative réelle du bien. Certaines juridictions admettent la méthode par capitalisation (valeur vénale × taux de rendement). Mais la valeur locative brute n'est pas l'indemnité finale : elle fait l'objet d'abattements.
| Motif d'abattement | Exemples jurisprudentiels |
|---|---|
| Précarité de l'occupation | L'occupant ne bénéficie pas des garanties d'un locataire (Versailles, 2 fév. 2017) |
| État du bien / vétusté | Désordres affectant le bien, si non intégrés dans la valeur locative (Versailles, 20 avr. 2017) |
| Présence d'enfants au foyer | Selon l'âge des enfants et les modalités de garde |
| Cumul de plusieurs motifs | Précarité + état + enfants = 50 % (Rouen, 26 mars 2015) |
À quelle date évaluer le bien immobilier ?
La question de la date d'évaluation est déterminante, car le marché immobilier évolue. Une valeur figée au moment de la séparation peut être très différente de la valeur réelle au moment du partage.
| Situation | Règle applicable | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| Règle de principe | Évaluation au jour de la jouissance divise le plus proche possible du partage (art. 829 C. civ.) | La valeur retenue reflète le marché au moment réel du partage, pas au moment de la séparation. |
| Plus-value / moins-value économique | Les variations de marché depuis la dissolution profitent ou nuisent à l'indivision (Civ. 1re, 7 avr. 1998) | Si le marché a monté depuis la séparation, la soulte sera plus élevée que prévu initialement. |
| Réévaluation possible | Même une décision définitive peut faire l'objet d'une réévaluation si la jouissance divise n'est pas fixée. | Il est crucial de faire expertiser le bien au bon moment pour sécuriser la transaction. |
C'est précisément pour cette raison qu'une expertise immobilière récente, réalisée par un expert certifié et indépendant, est indispensable. Elle sécurise le partage et peut être produite devant le notaire ou le tribunal comme pièce probante.
Les travaux et la question des récompenses (régime de communauté)
Lorsqu'un époux a financé des travaux sur un bien de l'autre ou sur un bien commun avec des fonds d'une autre origine, la loi prévoit un mécanisme de rééquilibrage : les récompenses (art. 1433 et 1437 C. civ.).
Le principe général
La récompense est égale à la plus faible des deux sommes entre la dépense faite et le profit subsistant (art. 1469 al. 1 C. civ.) sauf exceptions liées à la nature de la dépense.
| Type de dépense | Récompense due À la communauté (art. 1437 C. civ.) | Récompense due PAR la communauté (art. 1433 C. civ.) |
|---|---|---|
| Dépenses nécessaires (récompense = dépense faite) | Fonds communs utilisés pour un bien propre : • Aménagement salle de bains, cuisine, sanitaires • Réparations urgentes (toiture, électricité) • Travaux de mise aux normes | Fonds propres utilisés pour un bien commun : • Aménagement salle de bains, cuisine, sanitaires • Réparations urgentes • Travaux de mise aux normes |
| Dépenses d'investissement (récompense = plus-value) | Fonds communs utilisés pour un bien propre : • Acquisition d'un bien propre • Remboursement du prêt d'un bien propre • Frais d'acquisition (agence, notaire…) • Construction sur terrain propre | Fonds propres utilisés pour un bien commun : • Acquisition d'un bien commun • Remboursement du prêt d'un bien commun • Frais d'acquisition • Construction sur terrain commun |
Ce qui n'ouvre pas droit à récompense
- Les travaux d'entretien courant du logement familial financés par des fonds communs (ils incombent à la communauté)
- L'industrie personnelle des époux, travaux manuels réalisés bénévolement par l'un des époux
- Le remboursement par un seul époux du prêt d'un bien commun (considéré comme contribution aux charges du mariage)
- Le paiement des intérêts du prêt (charge de jouissance)
- Le remboursement d'un emprunt via une assurance invalidité (l'indemnité n'a jamais figuré dans le patrimoine personnel de l'époux)
- Le financement de travaux sur un bien appartenant aux parents de l'un des époux, même si ce bien a ensuite été donné à l'époux (au moment des travaux, le bien ne lui appartenait pas encore)
Les créances entre époux (séparation de biens)
Sous le régime de la séparation de biens, ce mécanisme de récompense n'existe pas. On parle de créances entre époux. Ces créances sont en principe soumises au nominalisme monétaire (remboursement de la somme nominale). Mais lorsqu'elles concernent l'acquisition, la conservation ou l'amélioration d'un bien, elles sont réévaluées selon les règles applicables aux récompenses et donc selon la plus-value générée.
L'importance de l'expertise en cas de divorce
Le divorce ne se résume pas à un partage de clés. Il engage des conséquences fiscales, financières et patrimoniales qui peuvent peser lourd sur les années qui suivent la séparation. Une expertise immobilière rigoureuse, réalisée au bon moment, permet d'anticiper ces impacts et de prendre les bonnes décisions.
Les droits de partage et la fiscalité du divorce
Le partage de biens immobiliers à l'occasion d'un divorce est soumis au droit de partage, perçu par l'État. Depuis 2021, ce taux est fixé à 1,1 % de l'actif net partagé (art. 746 CGI), contre 2,5 % auparavant. Ce droit s'applique à la valeur des biens partagés, déduction faite des dettes (capital restant dû notamment).
Plus la valeur retenue pour le bien est précise, plus le droit de partage est justement calculé. Une surestimation vous fait payer un impôt trop élevé, une sous-estimation expose l'acte notarié à une contestation de l'administration fiscale.
En cas de vente du bien commun, la plus-value immobilière peut être imposable. Cependant, si le bien constitue la résidence principale de l'un ou des deux époux au jour de la vente, l'exonération de plus-value au titre de la résidence principale s'applique (art. 150 U II 1° CGI). Attention : cette exonération peut être remise en question si l'un des époux a quitté le logement depuis longtemps avant la vente.
La soulte versée lors du rachat de la part de l'autre époux n'est pas imposable en elle-même, elle correspond à un transfert de propriété dans le cadre d'un partage. En revanche, le droit de partage de 1,1 % s'applique sur la valeur nette totale du bien partagé, pas uniquement sur le montant de la soulte.
La taxe foncière et l'imposition des revenus locatifs en période d'indivision
Tant que le bien n'est pas partagé, les époux restent co-indivisaires et sont solidairement redevables de la taxe foncière. La répartition entre eux se fait en principe en proportion de leur quote-part respective. Si le bien est mis en location durant la période d'indivision, les revenus fonciers sont imposables à hauteur de la quote-part de chacun, dans leur déclaration d'impôt sur le revenu respective.
La planification financière : anticiper pour mieux rebondir
Au-delà de la fiscalité immédiate, le divorce est un moment charnière pour revoir l'ensemble de sa stratégie patrimoniale. Plusieurs questions méritent une attention particulière :
- Conserver ou vendre le bien ? Garder le logement coûte cher (soulte, remboursement seul du prêt, charges) mais peut être judicieux si le marché local est en croissance. Vendre libère du capital pour repartir sur de meilleures bases.
- Capacité d'emprunt post-divorce : racheter la soulte implique de refinancer seul le prêt immobilier. Il est impératif d'évaluer sa capacité d'endettement avant de s'engager. Un refus bancaire après signature de l'acte de partage peut bloquer toute la procédure.
- Impact sur la retraite et le patrimoine à long terme : un bien immobilier représente souvent la principale composante du patrimoine d'un ménage. Le perdre ou le céder dans de mauvaises conditions peut fragiliser durablement la situation financière de l'un des époux. Il est conseillé de réaliser un bilan patrimonial complet avec un conseiller en gestion de patrimoine.
- Renégociation de l'assurance emprunteur : en cas de rachat de soulte avec reprise seul du prêt, le contrat d'assurance emprunteur doit être mis à jour pour couvrir l'emprunteur unique.
- Déclaration d'impôt l'année du divorce : l'année de la rupture du PACS ou du prononcé du divorce, chaque époux effectue sa propre déclaration pour l'ensemble de l'année (déclarations séparées). Les revenus fonciers, les crédits d'impôt liés au logement et les charges déductibles doivent être répartis avec soin.
| Point fiscal / financier | Règle clé | Ce qu'il faut anticiper |
|---|---|---|
| Droit de partage | 1,1 % de l'actif net partagé (art. 746 CGI) | Faire expertiser le bien pour justifier la valeur retenue dans l'acte notarié |
| Plus-value immobilière à la vente | Exonération si résidence principale au jour de la vente | Ne pas trop tarder à vendre après le départ de l'un des époux pour conserver l'exonération |
| Taxe foncière en indivision | Solidarité fiscale des co-indivisaires | Prévoir la répartition dans une convention d'indivision |
| Revenus locatifs en indivision | Imposition à la quote-part de chacun | Déclarer séparément les revenus fonciers dès l'année de la séparation |
| Capacité d'emprunt pour la soulte | Accord bancaire nécessaire avant l'acte | Consulter sa banque en amont pour valider le refinancement et la désolidarisation |
| Déclaration d'impôt l'année du divorce | Deux déclarations séparées pour l'année entière | Répartir correctement les revenus, charges et crédits d'impôt liés au logement |
Le rôle de l'expert immobilier dans cette planification
L'expert immobilier certifié n'est pas seulement utile pour fixer une valeur : il est un acteur central de la planification financière du divorce. Son rapport d'expertise constitue la base chiffrée sur laquelle s'appuient le notaire pour l'acte de partage, l'avocat pour la négociation, la banque pour le financement de la soulte, et l'administration fiscale pour le calcul du droit de partage et de la plus-value éventuelle.
Berthier & Associés : un cabinet d'expertise immobilière indépendant depuis 1979
Fondé en 1979, Berthier & Associés est un cabinet d'expertise immobilière présent dans toute la France. Notre activité est exclusivement dédiée à l'expertise immobilière : nous n'effectuons aucune transaction, ce qui garantit une totale indépendance dans nos évaluations.
Nos experts immobiliers sont agréés près les cours d'appel, ce qui leur confère une légitimité reconnue par les juridictions françaises pour intervenir dans le cadre de procédures judiciaires, notamment en matière de divorce, de succession ou de contentieux immobilier. Leurs évaluations s'appuient sur les standards internationaux les plus exigeants : la norme RICS (Royal Institution of Chartered Surveyors) et la certification TEGoVA REV (Recognised European Valuer), qui attestent d'une méthodologie rigoureuse, transparente et conforme aux meilleures pratiques européennes en matière d'évaluation immobilière.


