
Le renouvellement du bail commercial constitue une étape cruciale pour les commerçants, artisans et professionnels exerçant une activité dans un local loué. Encadré par le statut des baux commerciaux (articles L145-1 à L145-60 du Code de commerce), ce dispositif offre au locataire une protection particulière lui garantissant un droit au maintien dans les lieux. Comprendre les mécanismes du renouvellement, les délais à respecter et les conditions de révision du loyer est essentiel pour sécuriser son activité commerciale et éviter les litiges.
Pour le propriétaire bailleur, le renouvellement du bail commercial représente également un enjeu patrimonial majeur. S'il peut donner congé à son locataire pour reprendre le local ou le démolir, il doit alors verser une indemnité d'éviction dont le montant peut être considérable, équivalant généralement à la valeur du fonds de commerce. Cette contrainte financière incite souvent les bailleurs à privilégier le renouvellement, qui leur permet de réviser le loyer en fonction de la valeur locative de marché, dans le respect du plafonnement légal. Le propriétaire doit respecter scrupuleusement les délais et formes de notification, sous peine de voir le bail reconduit tacitement aux conditions antérieures. L'accompagnement par un expert immobilier devient précieux pour déterminer la valeur locative de marché, justifier une demande de déplafonnement du loyer et optimiser la rentabilité du bien tout en sécurisant juridiquement la procédure.
Qu'est-ce qu'un bail commercial ?
Le bail commercial est un contrat de location d'un local dans lequel est exercée une activité commerciale, industrielle ou artisanale. Ce bail bénéficie d'un régime juridique protecteur spécifique, différent du bail d'habitation, qui accorde au locataire un droit au renouvellement de son bail, également appelé propriété commerciale. Cette protection vise à préserver la pérennité de l'activité économique et la valeur du fonds de commerce constitué par le locataire.
Les dispositions relatives aux baux commerciaux s’appliquent uniquement aux baux de locaux dans lesquels un fonds est exploité par un locataire immatriculé au registre du commerce ou au répertoire des métiers.
Les clauses du bail commercial
Le bail commercial contient diverses clauses qui régissent les relations entre le bailleur et le locataire. Certaines clauses sont obligatoires, d'autres facultatives mais couramment insérées.
Les clauses obligatoires
- La désignation des parties avec l'identité complète du bailleur et du preneur, avec leurs qualités respectives.
- La désignation du local comprenant l'adresse exacte, surface, consistance des lieux.
- La destination des lieux avec la nature de l'activité autorisée dans le local (commerce de détail, restauration, artisanat, etc.)
- La durée du bail avec la date de prise d'effet et de la durée.
- Le montant du loyer qui précise le loyer annuel ou mensuel, modalités de paiement.
- La répartition des charges supportées par le locataire et la bailleur.
Les clauses facultatives
La clause d'indexation du loyer permet de réviser le loyer en cours de bail selon un indice de référence (ILC ou ILAT). Cette révision intervient généralement de façon annuelle ou triennale.
Exemple de clause d’indexation : « Le loyer sera révisé chaque année à la date anniversaire du bail en fonction de la variation de l'Indice des Loyers Commerciaux (ILC) publié par l'INSEE. L'indice de base est celui du 3ème trimestre 2024 (132,15). Le loyer révisé sera calculé selon la formule : Loyer de base × (Nouvel indice / Indice de base). »
La clause d’accession prévoit qu’à la fin du bail ou à la fin de la jouissance, les améliorations, constructions ou aménagements réalisés par le locataire deviennent la propriété du bailleur sans indemnité, sauf stipulation contraire. Elle permet ainsi au bailleur de bénéficier des transformations apportées aux locaux, tandis que le locataire renonce à toute compensation pour les investissements réalisés.
La clause résolutoire permet au bailleur de demander la résiliation automatique du bail en cas de manquement du locataire à ses obligations (notamment le non-paiement du loyer ou des charges). Cette clause doit préciser les obligations dont l'inexécution entraînera la résiliation, et respecter une procédure stricte.
Même en l'absence de clause d'indexation, le loyer peut être révisé tous les 3 ans à l'initiative de l'une ou l'autre partie, dans la limite de la variation de l'indice applicable (article L.145-38 du Code de commerce). Cette révision triennale est un droit d'ordre public auquel il ne peut être renoncé.
La clause de solidarité, notamment lorsque le preneur est une société, le bailleur demande à ce que les associés ou le dirigeant se portent caution solidaire du paiement des loyers et charges. Cette clause engage personnellement la caution en cas de défaillance de la société locataire.
La clause travaux précise la répartition des travaux entre le bailleur et le locataire.
En principe, le bailleur assume les grosses réparations (article 606 du Code civil : gros murs, voûtes, poutres, toiture, murs de soutènement), tandis que le locataire supporte les réparations locatives et d'entretien courant.
Le bail peut prévoir une répartition différente, notamment dans les baux dits "tous commerces et charges" où le locataire assume l'intégralité des travaux. Cette clause précise la répartition des travaux entre le bailleur et le locataire.
Cependant, depuis la loi Pinel et son décret du 3 novembre 2014, certaines charges ne peuvent plus être transférées au locataire. Le bail doit désormais détailler précisément la répartition des travaux dans un inventaire annexé. Ces charges et travaux supportés uniquement par le bailleur sont les suivants :
- Les grosses réparations visées à l’article 606 du Code civil
- Le coût des travaux ayant pour objet de remédier à la vétusté ou à la mise en conformité avec la réglementation
- Les impôts, taxes et redevances liés à la propriété
Ainsi peuvent être à la charge du locataire les dépenses liées à l’eau, l’électricité, l’entretien des locaux, les travaux d’embellissement mais également les impôts, taxes et redevances liés à l’usage du local comme la taxe foncière.
Ces dispositions sont applicables aux baux conclus ou renouvelés depuis le 4 novembre 2014.
Ainsi, le bail tacitement prolongé n’est pas soumis à ces nouvelles dispositions. Le locataire ne pourra donc pas invoquer le bénéfice de la loi Pinel pour s’exonérer du paiement de grosses réparations si le bail a été tacitement prolongé et qu’une clause mettait à sa charge ces travaux.
La déspécialisation
Le locataire peut adjoindre à l’activité prévue au bail des activités connexes ou complémentaires. Pour se faire, il doit en informer le propriétaire par acte d’huissier ou par lettre recommandé avec accusé de réception. Les règles relatives à la déspécialisation sont d'ordre public c'est-à-dire qu'elles ne peuvent pas être dérogées par convention.
Le bailleur dispose de 2 mois pour contester le caractère connexe ou complémentaire des dites activités.
En cas de contestation, le tribunal judiciaire saisi se prononce.
Il convient également de vérifier l’existence d’un règlement de copropriété qui peut contenir des clauses restrictives concernant les activités autorisées, les horaires d’ouverture, la pose d’enseignes, l’utilisation des parties communes…
Lors d’une déspécialisation, la destination du bail est partiellement ou totalement modifiée. Cela s’analyse comme une modification notable des éléments de la valeur locative entrainant un déplafonnement du loyer en faveur du bailleur. Cette majoration pourra intervenir lors d’une révision triennale ou lors du renouvellement du bail.
La durée du bail commercial
La législation française encadre strictement les durées applicables aux baux commerciaux, offrant ainsi une sécurité juridique tant au bailleur qu'au preneur.
Le principe du bail de 9 ans
Le principe est que la durée du contrat de location ne peut être inférieure à 9 ans.
Cette période, appelée également « bail 3-6-9 », permet au locataire de disposer d'un temps suffisant pour développer son activité et rentabiliser ses investissements. Le chiffre « 3-6-9 » fait référence aux échéances triennales auxquelles le locataire peut résilier le bail sous conditions.
Les baux dérogatoires
La législation prévoit la possibilité de louer un local commercial pour une durée maximale de 3 ans.
En revanche, cette possibilité écarte la qualification de baux commerciaux et donc les dispositions applicables. Par exemple, le locataire ne bénéficiera d’aucun droit au renouvellement, ni d’indemnité d’éviction.
Toutefois, si le locataire reste au-delà des 3 ans, avec l’accord du propriétaire, le bail se transforme automatiquement en « bail 3-6-9 ».
Les avantages :
Pour le locataire : engagement limité, parfait pour tester un emplacement ou activité éphémère
Pour le bailleur : flexibilité totale, reprise sans indemnité, idéal avant travaux ou vente
Les baux supérieurs à 9 ans
Par ailleurs, il est également possible de conclure un bail commercial pour une durée supérieure à 9 ans. Ces baux de longue durée présentent des avantages pour les deux parties. Le locataire bénéficie d'une plus grande stabilité pour amortir ses investissements, tandis que le bailleur s'assure d'un revenu locatif sur le long terme.
Ces baux peuvent être conclus pour des durées de 10, 12, 15 ans ou plus, avec des conditions de résiliation et de révision adaptées.
Le processus de renouvellement du bail
Le renouvellement du bail commercial obéit à des règles strictes en termes de procédure et de délais, garantissant les droits du locataire tout en préservant ceux du propriétaire.
Le droit au renouvellement
Au terme du bail commercial, le locataire bénéficie d'un droit au renouvellement, également appelé droit à la propriété commerciale. Il peut être invoqué seulement par le propriétaire du fonds, soit le locataire.
Par principe, le bailleur ne peut refuser ce renouvellement, à moins de payer au locataire une indemnité d’éviction égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement. Elle constitue une contrepartie financière visant à indemniser le locataire de la perte de son droit à la propriété commerciale et de lui permettre de se réinstaller ailleurs dans des conditions équivalentes.
L’indemnité comprend plusieurs éléments :
- La valeur marchande du fonds de commerce par l’évaluation du droit au bail, de la clientèle, de l'enseigne, du nom commercial et de l'achalandage. Cette valeur est déterminée par un expert immobilier selon diverses méthodes (chiffre d'affaires, bénéfices, comparaison)
- Les frais de déménagement et de réinstallation
- Les frais et droits de mutation si le locataire doit acquérir un autre local ou un autre fonds de commerce
L'évaluation de l'indemnité d'éviction nécessite l'intervention d'un expert immobilier agréé qui analysera l'ensemble des éléments constitutifs du préjudice. Cette expertise prend en compte la rentabilité de l'activité, l'emplacement du local, l'ancienneté du fonds de commerce, les perspectives de développement, et compare avec les transactions de fonds similaires.
Jusqu’au paiement de l’indemnité, le locataire a droit au maintien dans les lieux.
Le bailleur peut toutefois refuser le renouvellement du bail sans être tenu au paiement de l’indemnité d’éviction, dans les cas suivants :
- En cas de motif grave et légitime à l’encontre du locataire (exemple : non-paiement répété des loyers ; défaut d’entretien du local ; trouble de jouissance)
- Lorsque l’immeuble doit être totalement ou partiellement démoli en raison d’une insalubrité reconnue par l’autorité administrative ou d’un état ne permettant plus de l’occuper sans danger
En cas de reconstruction, le locataire a droit de priorité pour louer. Ce droit est conditionné à la notification de la volonté du locataire d’en user au propriétaire, par acte d’huissier.
- Lorsque le propriétaire offre au locataire évincé un local correspondant à ses besoins et sur un emplacement équivalent
- Lorsqu’un bail dérogatoire de moins de 3 ans a été conclu
Les délais et les formalités
Le renouvellement du bail doit être demandé par acte extrajudiciaire (acte d'huissier) ou par lettre recommandée avec accusé de réception. Le locataire peut demander le renouvellement à partir du dernier semestre du bail en cours. De son côté, le bailleur doit notifier sa décision (acceptation ou refus de renouvellement) au moins 6 mois avant l'expiration du bail.
| Action | Délai | Forme requise |
| Demande de renouvellement par le locataire | 6 mois avant l’échéance (ou plus tôt) | Acte d’huissier ou LRAR |
| Réponse du bailleur | 3 mois à compter de la réception de la demande | Acte d’huissier |
Le bailleur peut donner congé 6 mois avant l’échéance du bail par acte d’huissier. Tandis que le locataire peut donner congé 6 mois avant l’échéance de chaque période triennale par acte d’huissier ou par lettre recommandé avec accusé de réception.
La prolongation tacite
Dans l’hypothèse où aucune des parties ne manifeste sa volonté avant l'expiration du bail, celui-ci se poursuit tacitement aux mêmes conditions.
Le bail renouvelé tacitement a alors une durée indéterminée, mais chaque partie peut y mettre fin en respectant un préavis de 6 mois, pour le bailleur, et en versant une indemnité d'éviction.
Le renouvellement anticipé du bail
Le renouvellement anticipé du bail commercial permet aux parties de convenir d'un nouveau bail avant l'arrivée du terme du bail en cours. Cette pratique présente plusieurs avantages pour le locataire comme pour le propriétaire.
Pour le locataire, le renouvellement anticipé offre une sécurité juridique renforcée, notamment lorsqu'il envisage des investissements importants dans le local ou souhaite céder son fonds de commerce. Cela lui permet également de négocier de nouvelles conditions contractuelles (travaux, charges, services) dans un climat plus serein qu'à l'approche de l'échéance.
Pour le bailleur, cette démarche garantit la continuité de l'occupation du local et des revenus locatifs, tout en permettant éventuellement de renégocier le loyer à la hausse si le marché le justifie. Le renouvellement anticipé évite également les périodes d'incertitude qui peuvent précéder l'échéance d'un bail.
Le renouvellement anticipé résulte d'un accord amiable entre le bailleur et le locataire. Il doit faire l'objet d'un avenant au bail ou d'un nouveau contrat de bail précisant les nouvelles conditions (durée, loyer, charges, clauses particulières). Contrairement au renouvellement à l'échéance, le renouvellement anticipé ne nécessite pas de formalisme particulier (pas d'acte d'huissier obligatoire).

La révision du loyer lors du renouvellement du bail
L'un des enjeux majeurs du renouvellement du bail commercial concerne la fixation du nouveau loyer. La loi encadre strictement cette révision pour protéger le locataire contre les hausses excessives tout en permettant au bailleur d'adapter le loyer aux conditions du marché.
Le montant des loyers des baux renouvelés ou révisés doit correspondre à la valeur locative .
A défaut d’accord, la valeur est déterminée selon les critères suivants : les caractéristiques du local ; la destination des lieux ; les obligations respectives des parties ; les facteurs locaux de commercialité ; les prix couramment pratiqués dans le voisinage.
Le principe du plafonnement du loyer
A défaut d’une modification notable des éléments précités, le taux de variation du loyer ne peut excéder la variation intervenue depuis la fixation initiale du loyer et l’indice trimestriel des loyers commerciaux (ILC) ou des activités tertiaires (ILAT). C’est le principe du plafonnement du loyer, qui permet de protéger le locataire contre les augmentations brutales de loyer qui pourraient compromettre la viabilité de son activité.
Exemple pratique :
Imaginons un loyer initial en 2015 de 18 000 €/an. Le bail de 9 ans arrive à échéance en 2024. L’ILC au trimestre n°4 de 2015 est de 105,50 et celui au trimestre n°4 de 2024 est de 132,15.
Calcul du loyer plafonné : loyer renouvelé = loyer initial × (ILC nouveau ÷ ILC ancien)
18 000 € × (132,15 ÷ 105,50) = 18 000 € × 1,2527 = 22 548,60 €/an
Par conséquent, même si la valeur locative de marché est évaluée à 28 000 €/an, le loyer du bail renouvelé ne pourra pas excéder 22 548,60 € en raison du plafonnement légal imposé par le statut des baux commerciaux.
La demande en révision ne peut être formée que 3 ans au moins après la date d’entrée en jouissance du locataire ou après le point de départ du bail renouvelé.
La révision du loyer prend effet à compet de la date de la demande en révision.
Zoom sur ces indices de référence
Deux indices principaux régissent l'évolution des loyers commerciaux en France :
| Indice | Activités concernées | Composition |
| Indice des Loyers Commerciaux | Commerces et artisanat (magasins, restaurants, ateliers) | 60% IPC (indice des prix à la consommation) 25% ICC (indice du coût de la construction) 15% CA du commerce de détail |
| Indice des Loyers des Activités Tertiaires | Activités tertiaires (bureaux, entrepôts logistiques, locaux d’activité sans contact direct avec la clientèle) | 50% IPC 25% ICC 25% PIB en valeur |
Ces indices sont publiés trimestriellement par l'INSEE.
Pour illustrer l'évolution récente des indices, voici les variations annuelles constatées :
| Année | ILC (variation annuelle) | ILAT (variation annuelle) |
| 2020 | +1,55% | +1,65% |
| 2021 | +0,99% | +0,84% |
| 2022 | +3,60% | +3,52% |
| 2023 | +6,50% | +5,71% |
| 2024 (T3) | +4,87% | +4,35% |
| 2025 (T1) | +0.42% | +1.60% |
| 2025 (T2) | +0.07% | -0.10% |
Ces variations illustrent l'impact de l'inflation sur les loyers commerciaux, avec une accélération notable en 2022-2023. On observe un ralentissement marqué en 2025, avec des variations quasi nulles voire légèrement négatives pour l'ILAT au T2, traduisant un retour progressif à la stabilité des prix.
Le déplafonnement du loyer
Dans certaines situations, la loi autorise le propriétaire à déplafonner le loyer, c'est-à-dire à fixer le nouveau loyer en référence à la valeur locative de marché sans être limité par la variation de l'indice. Ce déplafonnement constitue une exception au principe protecteur du plafonnement.
Plusieurs situations peuvent conduire à l’application de cette exception :
- Le déplafonnement selon la nature du local
Le loyer peut être déplafonné lorsque le local loué ne correspond plus à sa qualification initiale. Les articles R145-9 à R145-11 du Code de commerce définissent trois catégories de locaux où le plafonnement ne s’applique pas :
*Terrains : Terrains nus ou aménagés destinés à une exploitation commerciale (stations-service, aires de stationnement, jardins d'exposition)
*Locaux monovalents : Locaux spécialement aménagés pour un usage déterminé, difficilement convertibles (cinémas, théâtres, garages, stations-service avec équipements spécifiques)
*Bureaux : Locaux affectés à un usage exclusif de bureaux, sans activité commerciale directe avec la clientèle
Si, au renouvellement, le local relève d'une catégorie différente de celle prévue initialement au bail, le bailleur peut demander le déplafonnement.
Par exemple, un local initialement loué comme commerce (non monovalent) mais transformé en bureau.
- Le déplafonnement selon la durée d’occupation
La durée d'occupation du locataire dans les lieux constitue également un motif de déplafonnement :
- Lorsque la durée du bail commercial est supérieur à 9 ans.
- Lorsque la durée effective du bail commercial dépasse 12 ans, en cas de prorogation tacite, le bailleur peut procéder au déplafonnement du loyer lors du renouvellement.
Exemple :
Un commerçant a signé un bail en 2010 pour 9 ans. En 2019, le bail s’est prolongé tacitement. En 2025, au moment de formaliser le renouvellement, le locataire est présent depuis 15 ans. Le bailleur peut demander le déplafonnement du loyer car la durée d'occupation dépasse 12 ans.
- Le déplafonnement pour modification notable des éléments de la valeur locative
Le déplafonnement peut être demandé lorsque des changements significatifs affectent les caractéristiques du local, sa destination ou les obligations des parties.
Les éléments permettant de caractériser cette modification notable sont précisés par les articles R.145-3 à R.145-6 et R.145-8 du Code de commerce :
Caractéristiques du local : Surface, distribution des pièces, confort, état d'entretien, équipements, aménagements intérieurs
Destination des lieux : Changement d'affectation du local (par exemple, passage d'un commerce de bouche à une boutique de prêt-à-porter, ou d'un commerce à des bureaux)
Facteurs locaux de commercialité : Évolution de l'attractivité de la zone (création d'une zone piétonne, arrivée d'une station de métro, modification des flux de circulation, développement d'une zone commerciale)
Obligations des parties : Modification substantielle de la répartition des charges et des travaux entre bailleur et preneur
- L’encadrement du déplafonnement depuis la loi Pinel
Depuis 2016, le déplafonnement est davantage encadré. Afin de tempérer l'augmentation du loyer, la loi Pinel prévoit que les baux signés après septembre 2014, d’une durée supérieure à 9 ans ou faisant l'objet d'une modification notable des éléments de la valeur locative ne pourront faire l'objet d'une variation annuelle supérieure à 10% par rapport au loyer de l'année antérieure (article L.145-34 du Code de commerce).
Concrètement, lorsque le déplafonnement est accordé et que la valeur locative de marché déterminée par l'expert est supérieure au loyer actuel, l'augmentation est étalée sur plusieurs années à raison de 10% maximum par an jusqu'à atteindre la valeur locative de marché.
Exemple :
Imaginons qu’un locataire paye actuellement un loyer de 20 000 €/an, pour un bail commercial signé en 2016. La valeur locative de marché est déterminée par expertise à 30 000 €/an.
Le déplafonnement est accordé pour modification notable.
Progression du loyer :
- Année 1 du bail renouvelé : 20 000 € + 10% = 22 000 €
- Année 2 : 22 000 € + 10% = 24 200 €
- Année 3 : 24 200 € + 10% = 26 620 €
- Année 4 : 26 620 € + 10% = 29 282 €
- Année 5 : 29 282 € + 10 % = 32 210,20 €. Le plafond de 30 000 € est atteint.
L'écart de 10 000 € entre le loyer initial et la valeur locative de marché est donc résorbé progressivement sur 5 ans, ce qui permet au locataire d'absorber l'augmentation sans compromettre la viabilité de son activité.
Toutefois, ce dispositif issu de la loi Pinel n’est pas applicable aux baux signés avant septembre 2014 ainsi qu’aux baux dont la durée effective est supérieure à 12 ans, par une tacite prolongation.

Foire Aux Questions - Renouvellement du Bail Commercial
Quand dois-je demander le renouvellement de mon bail commercial ?
Vous pouvez demander le renouvellement de votre bail au moins 6 mois avant l'expiration du bail, voire plus tôt si vous souhaitez sécuriser votre situation. La demande doit être faite par acte d'huissier ou par lettre recommandée avec accusé de réception. Le propriétaire dispose alors de 3 mois pour vous répondre. Si aucune démarche n'est effectuée par l'une ou l'autre partie avant l'échéance, le bail se poursuit tacitement aux mêmes conditions.
Mon propriétaire peut-il augmenter mon loyer comme il le souhaite au renouvellement ?
Non, le loyer au renouvellement est en principe plafonné : il ne peut augmenter que dans la limite de la variation de l'indice (ILC ou ILAT) depuis la dernière fixation du loyer. Cependant, le propriétaire peut demander le déplafonnement dans certains cas précis : si votre bail dépasse 12 ans d'occupation, si le local a changé de catégorie juridique (terrain, local monovalent, bureau), ou s'il y a eu une modification notable des éléments de la valeur locative. Même en cas de déplafonnement, pour les baux signés après septembre 2014, l'augmentation annuelle est limitée à 10% maximum par an par rapport au loyer de l'année précédente (loi Pinel).
Puis-je quitter mon local avant la fin du bail de 9 ans ?
Oui, le bail commercial 3-6-9 vous permet de donner congé à chaque période triennale (tous les 3 ans) en respectant un préavis de 6 mois. Vous pouvez donc partir au bout de 3 ans, 6 ans ou 9 ans. Le congé doit être notifié par acte d'huissier ou lettre recommandée. Attention : le propriétaire, lui, ne peut vous donner congé qu'à l'échéance des 9 ans (sauf motif grave et légitime), et uniquement en vous versant une indemnité d'éviction sauf exceptions.
Qu'est-ce que l'ILC et comment affecte-t-il mon loyer ?
L'ILC (Indice des Loyers Commerciaux) est un indice publié trimestriellement par l'INSEE qui sert à réviser les loyers des baux commerciaux. Il est composé à 60% de l'indice des prix à la consommation, 25% de l'indice du coût de la construction et 15% du chiffre d'affaires du commerce de détail. Si votre bail contient une clause d'indexation (ce qui est le cas dans pratiquement tous les baux), votre loyer sera révisé chaque année ou tous les 3 ans selon la variation de cet indice. Par exemple, si l'ILC augmente de 3%, votre loyer augmentera de 3%. Cet indice s'applique aux activités commerciales et artisanales, tandis que l'ILAT concerne les bureaux et activités tertiaires.
Mon propriétaire refuse de renouveler mon bail, quels sont mes droits ?
Si votre propriétaire refuse le renouvellement de votre bail, il doit vous verser une indemnité d'éviction qui compense l'intégralité de votre préjudice : valeur de votre fonds de commerce, frais de réinstallation, perte de clientèle, frais de licenciement éventuel, etc. Cette indemnité est généralement très élevée (souvent plusieurs centaines de milliers d'euros pour un commerce bien établi). Le propriétaire ne peut vous refuser le renouvellement sans indemnité que s'il invoque un motif grave et légitime à votre encontre (non-paiement des loyers, défaut d'entretien, cessation d'exploitation). Un expert immobilier agréé évaluera le montant de l'indemnité, et en cas de désaccord, c'est le tribunal qui fixera le montant définitif.
Puis-je changer d'activité dans mon local commercial ?
Cela dépend de la clause de destination de votre bail. Si vous avez un bail "tous commerces", vous pouvez exercer toute activité commerciale. Sinon, vous devez demander une déspécialisation. Il existe deux types : la déspécialisation partielle (pour des activités connexes ou complémentaires) que vous notifiez simplement à votre propriétaire, et la déspécialisation plénière (pour une activité totalement différente) qui nécessite l'accord du propriétaire ou une autorisation judiciaire. En cas de déspécialisation plénière, le propriétaire peut demander une majoration de loyer dans la limite de 10% du loyer en cours. Cette demande doit être effectuée selon des formalités précises prévues par les articles L.145-47 et suivants du Code de commerce.
Qu'est-ce qu'un bail dérogatoire et quand l'utiliser ?
Le bail dérogatoire (ou bail précaire) est un bail d'une durée maximale de 3 ans qui ne confère pas au locataire le droit au renouvellement ni à la propriété commerciale. Il est idéal pour tester une activité, occuper temporairement un local, ou pour des activités saisonnières. Le loyer est librement fixé entre les parties. Attention : si vous restez dans les lieux au-delà de 3 ans sans nouveau contrat, le bail se transforme automatiquement en bail commercial classique de 9 ans avec tous les droits associés (droit au renouvellement, plafonnement du loyer, etc.). C'est une solution souple mais temporaire qui ne vous offre aucune protection à long terme.
Comment se calcule la révision triennale de mon loyer ?
La révision triennale du loyer est un droit légal qui permet de réviser le loyer tous les 3 ans, même en l'absence de clause d'indexation dans le bail. Le calcul se fait selon la formule : Loyer révisé = Loyer initial × (Nouvel indice / Indice de référence). Par exemple, si votre loyer initial est de 15 000 €/an avec un ILC de référence de 115,50 au moment de la signature, et que l'ILC est de 125,50 trois ans plus tard, votre nouveau loyer sera : 15 000 × (125,50/115,50) = 16 299 €/an, soit une augmentation de 8,66%. Cette révision doit être demandée par l'une des parties par acte d'huissier ou lettre recommandée, et prend effet à la date de la demande.
Que se passe-t-il si je ne demande pas le renouvellement de mon bail à temps ?
Si ni vous ni votre propriétaire ne demandez le renouvellement ou ne donnez congé avant l'échéance du bail, celui-ci se poursuit tacitement aux mêmes conditions (même loyer, mêmes clauses). Ce bail tacite a une durée indéterminée mais vous conservez tous vos droits de locataire : vous pouvez donner congé à tout moment avec un préavis de 6 mois, et le propriétaire ne peut vous faire partir qu'en vous versant une indemnité d'éviction. Même en reconduction tacite, vous pouvez à tout moment régulariser la situation en demandant officiellement le renouvellement du bail pour repartir sur un nouveau bail de 9 ans avec des conditions actualisées.
Berthier & Associés
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